" Les
mystères anthroponymiques "
Par Michel
POIRSON
Les noms de famille, qui constituent
le groupe le plus intéressant pour l’histoire de la société et du
langage, il faut aller les chercher dans les dépouilles des
registres d’état civil des communes.
Cette science de la personnalité à
travers les noms de nos familles lorraines, n’est pas une masse de
difficultés insurmontables.
Les listes de dénombrement apportent
des renseignements complets, mais de maniement quelque peut
difficile.
C’est surtout à dater du XIIIème
siècle que les noms de famille se sont constitués, à des époques
variables suivant les régions et les individus.
L’ordonnance de Villers-Cotterêts
(1539) qui fixe l’organisation de l’état-civil sera tardivement
appliquée en Lorraine.
En Meuse par exemple ont constate
que les noms de famille ont un étroit rapport avec la maison, la
terre. Il est né en Meuse, en cent ans 138 DUPUIS, 730 DUBOIS, 615
DUCHENE, 472 DUPONT, 383 DUMONT, 230 DUJARDIN, et d’autre part, 481
LAVIGNE 407 LAHAYE, 290 LAPIERRE.
Notre race se manifeste par
l’extraordinaire abondance des noms de baptême transmis
héréditairement et ainsi transformés en patronymes.
Les HENRI, FRANCOIS, MARTIN,
TOUSSAINT, MICHEL, ETIENNE, VINCENT, REMY…etc.. se transforment en
patronymes. JEAN en GRANDJEAN, PETITJEAN, GROSJEAN. DIDIER en
GROSDIDIER, GRANDDIDIER.
Très souvent ils ont subit des
formations appelés hypocoristiques, tel JEAN en JEANNOT, PIERRE en
PIERROT, JACQUES en JACQUOT, HENRI en RIQUET.
Ainsi, ADAM a pour dérivé ADNOT,
DIDIER, DIDIOT. Gilles pour GILLET. HENRI vers HENRION. ROBERT :
ROBIN. SIMON en SIMONET.
La floraison la plus remarquable est
celle des hypocoristiques PIERRE soit PIERRET, PIERROT, PIERRON,
PIERRARD, PIERSON, PERIN, PERICHON, POIRSON.
Il est possible d’affirmer dans la
formation des noms de famille, la part prise par les prénoms ou
leurs dérivés, qui sont considérablement plus élevé dans notre
région lorraine, que dans d’autres régions de France. Il n’est pas
rare que l’individu reçoive le nom de son métier, de sa profession
ou de son état.
A coté des compagnons voisinent des
marchands et artisans de toutes sortes. BOULANGER, BOUCHER,
COUTURIER, POTIER, VIGNERON, DRAPIER, LEPICIER, PECHEUR, CHARBONNIER
etc..
Plus délicat est le problème de
l’attribution à l’individu d’un nom d’objet : tel CHAUDRON :
chaudronnier ou MARTEL : marteau et encore TROMPETTE : trompette..
Jambon venant d’une marchande de salaison.
Sont apparus les LEPRINCE, LEDUC,
LESCUYER, LEPAGE, LECOMPTE, LECHEVALIER.
A plus forte raison convient-il de
compter au nombre des sobriquets les LECLERC, LEMOINE, CURE, LABBE,
LEPAGE LEPRETRE, LEVEQUE, LERMITE, vient ensuite la vogue des
PELERIN, PELGRIN, PELIGRIN.
Maintes épithètes morales
rappelleront une qualité ou un défaut de l’ancêtre .Le plus répandu
est PRUDHOMME, accompagné de LESAGE, LOYAL. Mais face aux LEBON il y
a des MAUVAIS. Les HARDY, VAILLANT, GUERRIER, COURAGEUX s’opposent
aux PEUREUX.
D’autres qualités témoignent : les
LAMOUREUX, GAILLARD, GALLAND, PAILLARD, ajoutons les RUSE, SAUVAGE,
TETU.
Il n’est pas moins difficile
d’interpréter les sobriquets d’animaux, dans certain cas, c’est une
allusion à une vague ressemblance physique ; un TETARD possédait
sans doute une grosse tête. L’animal apparait comme symbole :
LEBOEUF incarne la force, LECOQ, la vanité, le COCHON la
malpropreté, le POULAIN : la vivacité. LECERF : l’agilité.
LELIEVRE : la rapidité. LELOUP : le manque de sociabilité. MOUTON,
plutôt la chevelure frisée. LACAILLE, ROSSIGNOL, RENARD, cependant
rare sont le GOUPIL.
Ces quelques considérations ne
constituent qu’une esquisse bien imparfaite, mais qui permet
peut-être de mesurer tout l’intérêt de l’anthroponymie. Par contre
le secours de la microtoponymie n’est pas à dédaigner, on rapproche
utilement le patronyme DUCHENE au lieu-dit ‘le chêne’. Mais une
étude historique détaillée sur l’agriculture, l’élevage,
l’industrie, explique des noms de familles comme LAVIGNE, TONDEUR,
VERRIER : à travers eux nous percevons le bas-moyen âge dans son
aspect économique et social.


Le culte des saints donne des éclaircissements dignes
d’intérêt ; ainsi, l’angle nord-ouest du département des Vosges, a
connu une vogue considérable du prénom Elophe. Devenu patronyme.
Elophe ne se révèle dans le département de la Meuse qu’aux alentours
de Vaucouleurs. En Lorraine la tâche est compliquée de ce fait
que les archives de Meurthe et Moselle ne possèdent de table
décennale que celles antérieures à 1872.
Pour l’instant, le chercheur devra se contenter d’enquêtes moins
ambitieuses, mais toutes autant captivantes.
L’anthroponymie n’a livré qu’une
partie de ses innombrables secrets. Encore faut-il, pour qu’elle
grandisse encore, lui fournir cet aliment que seuls les chercheurs
locaux peuvent lui apporter.
Michel POIRSON
Septembre 2011