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LES POTIERS DE FAVIERES
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Par
Mme DANIEL Gisèle
Nicolas
MATHIS le dernier potier
Au début du
XVIIIe siècle, le duc Léopold fit venir de nombreux habitants
d’autres provinces pour repeupler la Lorraine meurtrie par :
*
Les exécutions pour sorcellerie
Une
grande chasse aux sorcières avait été organisée dans toute la France
de 1501 à 1631. Le pic de 1581 à 1621 a entraîné 2.013 victimes en
Lorraine. A Toul, entre 1584 et 1627 cinquante procès de sorcellerie
ont eu lieu.
* Les
terribles malheurs entraînés par la guerre de Trente Ans (1618-1648)
épidémies, famines, ravages …
En 1667 il n’y avait plus que 35 ménages à Favières
Mais,
en 1758, Favières, vraisemblablement grâce à l’apport de populations
nouvelles, est devenu le village le plus important du Comté de
Vaudémont.
Toutefois les habitants avaient du mal à y survivre, car le
« finage disent-ils n’est pas considérable et une grande partie des
terres n’est pas rentable ». Heureusement, le village subsistait
grâce à sa production de poteries de terre.
Dans
le cahier de doléances des Fabériens présenté le 13 mars 1789,
ceux-ci font ressortir que « …la communauté est composée de 240
feux dans lesquels il ne se trouve que 15 laboureurs, les autres
habitants sont les uns potiers de terre, les autres bûcherons
porteurs de hottes fort pauvres et surtout, chargés d’impôts… »
(Source Bernard PERRIN – Histoire méconnue de nos villages).
D’après l’histoire de Favières de l’Abbé DEDENON, le développement
de la poterie fut à son apogée, du milieu du XVIIIe siècle jusqu’au
milieu du XIXe siècle et ce, grâce à l’abondance de la fourniture de
bois et à la bonne qualité de l’argile trouvés sur place. La
proportion de potiers aurait été de plus du tiers de la population.
Les
ateliers de village fournissaient en poterie quasiment exclusivement
la paysannerie. La production était surtout constituée d’ustensiles
ordinaires de ménage : jattes, écuelles, assiettes, pots…, qui
étaient ensuite distribués à travers toute la Lorraine par des
colporteurs. Ceux-ci étendaient ainsi loin le commerce et la
réputation de Favières. A l’époque, on parlait de la « porcelaine »
de Favières (source l’abbé DEDEDON).
« …l’outillage du reste était des plus rudimentaires, une vieille
roue de chariot, couchée à plat, à qui on redonne de temps en temps
de la vitesse avec un bâton, tient lieu de roue à potier… »
Les potiers étaient des gens modestes,
ils ne savaient jamais s’ils tireraient bénéfice de leur travail ;
souvent ils complétaient leur activité par l’agriculture et le
bûcheronnage.
D’après les recherches que nous avons effectuées, on peut penser que
la famille MATHIS faisait partie des plus anciennes, puisqu’il
semble que ses membres aient été potiers de terre de père en fils,
depuis le XVIIe siècle (François MATHIS le plus ancien potier trouvé
dans les registres paroissiaux, est né vers 1680 ) et ce jusqu’au
XXe siècle. En effet, le dernier d’entre eux
Nicolas, dit Cadet MATHIS
exerçait encore dans les
années 1900-1910, tel qu’indiqué par la dernière de ses descendantes.
Dans le
recensement de 1846,
sur 1.153 habitants que
comptait le village, il ne reste plus que 8 familles de potiers :
-
LACAILLE
Nicolas époux de MARTIN Marguerite, demeurant 4 rue du Travel
-
LACAILLE
Jean Baptiste, 58 ans, époux de LABE Marguerite, demeurant 11 rue du
Travel,
-
VIARD
Maurice, 62 ans, époux de PIERRE Marianne, demeurant 14 rue du
Travel, ainsi que son fils Nicolas, potier, 37 ans
-
PIERSON
Nicolas, 54 ans, époux de CHARPENTIER Marie-Jeanne, ainsi que son
fils Jean-Baptiste, Potier, 22 ans
-
MUNIER
Joseph, 44 ans, époux de THIERY Marie , ainsi que son fils Joseph,
potier, 21 ans
-
CONVARD
Joseph, 46 ans, époux de JACQUET Anne, ainsi que son fils Joseph,
potier 19 ans
-
MATHIS Jean
(oncle de Nicolas)
époux de BARBAUX Anne, demeurant 7 rue du Travel
-
MATHIS Jean Claude
(père de Nicolas), 55 ans,
époux de ARNOULD Anne, demeurant 9 et 10 rue du Travel, ainsi que
ses fils Jean-Joseph et François.
En complément des revenus de potier,
Jean-Claude MATHIS possédait un certain nombre de terres. Par acte
reçu par Me MENY alors Notaire à Colombey-les-Belles, le 17 mai
1878, il a consenti à ses trois fils vivants François, Jean-Joseph
et
Nicolas,
une donation partage de l’ensemble de son patrimoine, le
répartissant ainsi équitablement entre ses trois enfants.
Nicolas MATHIS
a eu frères et sœurs, dont 5
sont décédés à la naissance.
Toujours
dans le recensement de population de 1846
Nicolas
dit Cadet MATHIS
a 12 ans . Comme il a été dit
précédemment, son père est potier de terre, la famille habite 9 et
10 rue du Travel, outre les parents, trois enfants y sont dénombrés.
-
Jean-Joseph, 26 ans, potier de terre, né à Favières
le 21 juillet 1819, décédé à Favières le 8 février 1895,
-
François, 22 ans, lui aussi potier de terre, né à
Favières le 4 juin 1823, décédé à Favières le 21 janvier 1830,
-
Et
Nicolas dit Cadet.
Dans le
recensement de population de 1881,
le village ne compte plus que 993 habitants et il ne reste plus que
deux patrons potiers de terre, les deux frères MATHIS :
-
Jean-Joseph,
62 ans époux de MALDEME Marie-Clare, demeurant 10 rue Franche Merde,
le couple a une fille Marie-Claire Gabrielle, 28 ans, qui demeure
avec ses parents.
-
Nicolas
marié à Marguerite GUYOT dite
Zélie le 26 juillet 1862 à Favières. Le couple a deux enfants :
Lucie Clotilde, 15 ans ; Jules 14 ans.
Sur le
recensement de 1886,
nous retrouvons les deux
frères MATHIS :
-
Jean-Joseph a
alors 67 ans, son épouse 66 ans, il est recensé comme patron
fabricant de pots de terre. Leur fille Marie-Gabrielle a 32 ans,
elle est sans profession et habite chez ses parents au 7 rue Franche
Merde.
-
Nicolas
quant à lui a 52 ans, son
épouse nommée Zélie a 46 ans, il est également recensé comme patron
fabricant de pots de terre, habitent toujours avec eux au 7 rue du
Travel : Lucie 19 ans, Jules Eugène 18 ans, alors ouvrier potier.
Dans le
recensement de population de 1891,
les deux frères MATHIS sont toujours en exercice :
-
Jean-Joseph a 72 ans, il est toujours
patron potier, son épouse a 71 ans, ils habitent 7 rue Franche
Merde, Jean-Joseph décède à Favières le 8 février 1895. Leur fille
Gabrielle a 37 ans, elle habite toujours avec eux, mais est alors
ouvrière cultivatrice.
-
Nicolas
a 56 ans, son épouse
Marguerite Clotilde a 50 ans, elle est ouvrière brodeuse, il
habitent 12 rue du Travel. Lucie habite toujours avec eux, âgée de
24 ans elle est devenue aide des Postes. Jules a quitté Favières. Il
a pris la place d’un conscrit ayant tiré un mauvais numéro et a été
envoyé à Diégo-Suarez (Madagascar) à une date inconnue. Libéré lors
de son débarquement à Marseille le 25 novembre 1892, la famille perd
ensuite sa trace.
Dans le
recensement de 1901,
il n’est plus relevé que deux familles MATHIS :
-
Gabrielle (fille de Jean-Joseph), elle est chef de
famille, célibataire, 46 ans, elle habite 8 rue Franche Merde.
-
Nicolas,
67 ans, toujours potier, et
son épouse, à nouveau dénommée Zélie, 61 ans, sans profession, ils
demeurent 14 rue du Travel. Lucie n’habite plus avec eux, elle vit à
Colombey-les-Belles, où elle a été nommée receveur des Postes en
1902.
Dans le
recensement de 1906,
nous n’avons pas trouvé traces de MATHIS à Favières.
Pourtant, dans l’acte de décès de
Clotilde Marguerite GUYOT (Zélie) épouse de
Nicolas MATHIS,
survenu à Favières le 8 février 1912, le domicile est toujours à
Favières,
Nicolas,
77 ans, est encore potier.
Après ce deuil,
Nicolas
part à Colombey-lesBelles,
vivre chez sa fille Lucie. Il y décédera le 21 février 1917.
Dans la famille
Nicolas dit Cadet
était aussi renommé
comme « guérisseur de secret ».
Aujourd’hui,
la maison du potier, rue du Travel, existe toujours. En souvenir de
son passé, elle possède une cloche en terre sur le faîte de sa
toiture. Il est vraisemblable que la famille y a toujours vécu, mais
la numérotation a évolué au fil des ans.
Gisèle DANIEL
Avril 2008