Cercle Généalogique Du Toulois

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" VILLEY SAINT ETIENNE "

 

"histoire DE LA GROSSE MAISON"

 

 

Si le village fut donné à l’Eglise de TOUL vers 610, ce n’est qu’après la mise en place de l’organisation de l’Evêché de TOUL, vers 1362, que Villey Saint Etienne devint une prévôté dirigée par un chanoine. Mais à cette époque, on ne parle ni de château, ni de maison forte.

C’est dans la seconde moitié du XVème siècle que le bâtiment actuel fut édifié en surplomb de la Moselle, offrant ainsi une vue imprenable sur toute la vallée.

Le constructeur de cette maison forte ainsi que l’utilisation de celle-ci restent inconnus jusqu’au XVIème siècle.

Le premier propriétaire connu est Louis 1er de la MOTHE, Conseiller d’Etat, Maître des requêtes du Duc Charles III depuis 1560, Seigneur de Froidos, Marchéville, Lanfroicourt, celui-ci ne demeurait pas dans la Grosse Maison, mais à Lanfroicourt.

En novembre 1576 (le 5 novembre 1576 d’après l’Abbé MANET), Louis 1er de la MOTHE, face au danger de la peste à TOUL, met sa demeure à la disposition des chanoines de la Cathédrale St Etienne.
En remerciement, ceux-ci « ont donné quatre francs pour distribuer aux pauvres lépreux de Villey », cette maladie y faisait encore des ravages. Il est possible qu’à Villey, ces malheureux aient été cantonnés dans des « loges » à l’écart du village. Un lieudit, vers Gondreville, porte encore ce nom.

En 1609, c’est son fils Louis II de la MOTHE Seigneur de LANFROICOURT, qui était propriétaire de la Grosse Maison.

Celui-ci, probablement à court d’argent, vendit ses biens de Villey.

Au printemps 1609, Jean RAGUET, chanoine, Prévôt de VILLEY SAINT ETIENNE, vint inspecter les bâtiments avant de les acquérir. Bien qu’il y ait d’importantes réparations à faire, il fut satisfait de l’ensemble et les 1er et 3 juillet 1609, l’acte de vente au profit des chanoines du Chapître de la Cathédrale de TOUL fut ratifié devant Me Philippe FOURNIER, Tabellion général aux Duché de Lorraine, Comté de Vaudémont et ez baillage d’Espinal et de Chastel sur Moselle, moyennant la somme de 16.000 francs monnoye de Lorraine.

A partir de 1650, les chanoines louèrent la « Grosse Maison » et le domaine qui en dépendait.

Le premier locataire fut le Sieur de Contrisson et de Condé (actuellement Custines), négociateur des démêlés opposant le Duc de Lorraine Charles IV et le roi Louis XIII.

Le « château » fut ensuite loué :
 en 1655 à Catherine de la Vaux
 en 1658 à Nicolas de Rambouillet
 en 1660 à Louis de Belcastel Seigneur de Permillac « Mareschal de Camp » de Louis XIV.

A partir de 1677, les chanoines décident de louer directement à des cultivateurs de Villey Saint Etienne :
- 1677 Sébastien PAULUS (décédé le 9 janvier 1703 à VILLEY SAINT ETIENNE)
- 1703 Antonin POUGIN
- 1716 Dominique REMY et Jacques MORAL,
- 1724 Georges CHAMPOULET,
- 1743 Henri JEANMAIRE puis à son fils François.

Pendant ces années de location, la « Grosse Maison » subit d’importantes modifications : l’ancien « corps de logis » fut complètement séparé de la cour et du « Pavillon », on supprima le perron et on ouvrit une porte sur la rue au bout de la « Grande Allée », le mur de la cour fut démoli et rebâti à neuf.

Le dernier à avoir payé bail est
Claude BRUANT en 1786.

DURANT TOUTE CETTE PERIODE LE « PAVILLON » (mairie actuelle) FUT RESERVE AU PREVOT.

En 1789, l’Assemblée Constituante décida que tous les biens de l’Eglise seraient dorénavant biens nationaux !
En 1790, l’Assemblée Constituante ordonna que ces biens, devenus « Nationaux », soient vendus. La « Grosse Maison » n’y échappe pas et la municipalité de Villey Saint Etienne prit la décision de souscrire à son rachat pour la somme de 64.800 livres de France. Mais cette soumission n’eut pas de suite et le fermier
Claude BRUANT continua à payer son loyer, non plus aux chanoines mais au « District de TOUL ».

Le 15 septembre 1792, le Directoire du Département de la Meurthe organisa la vente aux bougies (enchères) de la Grosse Maison.

La ferme et les dépendances furent adjugées à MMrs ROYER et Nicolas CLAUDE de FOUG, alors que le « château » échut à
Claude BRUANT moyennant la somme de 4.425 livres. Cet achat fut fait en commun avec les sieurs Pierre PERRIN et Louis ANDRE, résidents de VILLEY SAINT ETIENNE.

A la suite de cette vente, l’ancienne propriété des Chanoines du Chapitre de la Cathédrale de TOUL se trouva fractionnée.

Au XIXe siècle, le « château » et ses dépendances firent l’objet de plusieurs ventes.

Ce n’est qu’en 1810 que la municipalité fit l’acquisition du « pavillon » et y installa le Presbytère ainsi que des locaux communaux et ce jusqu’en 1852, époque à laquelle fut construit à proximité, le traditionnel bâtiment « mairie-école ».

La Grosse Maison resta Presbytère jusqu’en 1995, date du départ de l’Abbé BEAU. Elle fut classée à l’inventaire supplémentaire des Monuments historiques en 1989. Le pigeonnier, daté de 1725 fut également classé et reste un exemple dans le secteur.

Deux niveaux de caves voûtées superposées sont d’un intérêt certain pour le visiteur ; l’ancien pressoir banal y a été restauré.

Le jardin médiéval, exposé plein Sud, offre une vue superbe sur la vallée de la Moselle.


                                                                                                                        Gisèle DANIEL
                                                                                                                        Mai-Juin 2009
SOURCES :
- Le château de VILLEY SAINT ETIENNE par l’Abbé MANET
- Il était une fois…VILLEY SAINT ETIENNE juin 1980
- Etudes Touloises n° 71
- Bulletins municipaux janvier 1999 et janvier 2009, avec l’aimable autorisation de Mr Jean Pierre COUTEAU, maire de VILLEY SAINT ETIENNE
 

DROITS DU CHAPITRE DE LA CATHEDRALE DE TOUL

 

                   Pendant toute la période où le Chapître de la Cathédrale de TOUL fût propriétaire de la Grosse Maison, celui-ci était également Seigneur du village et détenait le patronage de la cure. Cela lui conférait donc un certain nombre de « droits seigneuriaux », tant sur les habitants que sur les terres.

 

               -       DROIT DE JUSTICE

* La Haute justice : elle traitait des cas pouvant entraîner la peine de mort (gibet)

 * Les Moyenne et Basse justices : traitaient des questions de propriétés, contrats et délits mineurs. (A partir de 1552 les prévôts déléguèrent une partie de leurs pouvoirs judiciaires aux maires).

 

-       DROIT DE CHASSE

Concédé aux Chanoines, prévôts ainsi que (quelquefois) aux fermiers de la Grosse Maison, sur toute l’étendue de la commune, mais sans pouvoir établir une « mutte » (meute). En 1725, seul le prévôt pouvait exercer ce droit.

 

     -      DROIT DE TROUPEAU A PART

En Lorraine, l’usage voulait qu’une seule récolte de foin soit faite, puis d’abandonner à la « vaine pâture » toutes les prairies. Toutes les bêtes du village étaient ensuite réunies en un seul troupeau jusqu’à l’’automne.

Toutefois, seul le troupeau appartenant au Chapître faisait « bande à part » et bénéficiait de prairies réservées. 

 

     -      DROIT DE COLOMBIER

La Grosse Maison en possédait un qui, vers 1658, aurait abrité plus de 350 nids.

 

 Outre ces droits, les Chanoines percevaient des redevances qui pesaient lourd sur les habitants.

 

              -      LES BANALITES     

               La « Banalité de moulin » qui contraignait chaque récoltant à « envoyer moudre tous ses grains au moulin dudit VILLEY et d’en payer le droit ordinaire » (5 kg de farine par 100 kg de blé).

               La banalité de four avait été supprimée à la suite de la « supplication des habitants »

               Par lettre du 20 avril 1474, les Chanoines ont permis à ceux-ci de faire des fours, moyennant une mine de blé de four (environ 31 litres) par conduit (ménage).

               La banalité de pressoir se payait au dixième des produits obtenus.

 

              -       LES REDEVANCES SUR LES MAISONS

               Chaque conduit (ménage) était redevable des deux mines d’avoine et deux gélines (poules).

 

              -       LES CORVEES

               Travaux que les habitants devaient au Chapître à titre gratuit : aide à la culture des terres, à l’entretien du « breuil » (pré seigneurial).

               A partir de 1711, chaque chef de famille devait en plus, un chariot rempli de bois.

 

              -       LES CENS SUR LES TERRES

               Impôt foncier payable en nature ou en argent par les détenteurs de terre. Ils devaient « 4 mines de froment », 2 gélines et 32 deniers pour chaque quartier de 16 journaux (environ 3 ha).

 

              -       LA DIME

               Perçue au dixième sur toutes les productions : céréales, vins, foins, chanvre, pois, fèves, lentilles, laine, agneaux…

               Les bénéficiaires de la dîme devaient pourvoir à la nourriture du curé et assurer la réparation de l’église.

 

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